Faut-il choisir entre les maths et le français ? Et si on pouvait être doué pour les deux ?

« Mon enfant est-il plutôt scientifique ou littéraire ? »

C’est une question que de nombreux parents se posent. On entend souvent :
➡️ « Je suis nul en maths, de toute façon je suis littéraire »
➡️ « Les langues et l’histoire, ce n’est pas mon truc, je suis plus scientifique »

Mais existe-t-il vraiment des profils « scientifiques » et des profils « littéraires » ?
Et si cette frontière que l’école nous impose n’était qu’une construction culturelle… que l’on pourrait déconstruire ?

D’où vient cette séparation entre les deux « camps » ?

En France, dès le collège, on classe les matières en deux grandes familles :

🔹 Les matières scientifiques

Maths, physique, SVT, informatique…
Elles sont associées à la logique, l’observation, l’expérimentation, la rigueur.

🔹 Les matières littéraires

Français, histoire-géographie, langues, philosophie…
Elles mobilisent le langage, l’interprétation, la culture, l’esprit de synthèse.

Pendant longtemps – et encore aujourd’hui – ces deux mondes ont été présentés comme opposés.
Le système scolaire a entretenu cette idée, notamment avec les anciennes filières S ou L.
Résultat : on pousse les enfants à choisir un camp… et ce, parfois très tôt.

Une opposition… erronée

Dans les représentations :

  • Les sciences seraient plus utiles, mieux valorisées, « sérieuses »

  • Les lettres seraient moins rentables, plus “abstraites”, moins “prestigieuses”

Pourtant, cette opposition n’a pas de sens.

Les sciences ont aussi besoin de mots.
La littérature nécessite aussi de la logique.


🧠 Analyser un graphique demande une compétence scientifique ; en traduire l’impact sur la société est une démarche littéraire.

Aujourd’hui, on demande aux citoyens de développer :

  • L’esprit critique

  • L’analyse de l’information

  • La capacité à distinguer le vrai du faux

Ces compétences sont à cheval entre les deux mondes.

Mon histoire : « toi, tu es littéraire, laisse tomber les maths »

Je suis l’exemple parfait d’un “profil littéraire”… qui était en réalité tout aussi cartésien.

Petite fille, j’ai très vite entendu :

« Tu es nulle en maths, c’est normal, tu es une fille. »

Cette phrase, je l’ai entendue tellement de fois que j’y ai cru.
J’ai décroché en maths en 5ᵉ.

Jusqu’au jour où, adulte, je découvre la psychopédagogie positive.
On y parle de sens, de manipulation, de transposition de données abstraites dans la réalité du vécu… C’est la révélation !
Et je réalise que je ne suis pas “nulle en maths” : on ne m’avait jamais appris de manière adaptée à ma façon de comprendre.

Aujourd’hui, je suis passionnée par les neurosciences… preuve qu’il n’est jamais trop tard pour réconcilier ces deux facettes.

L’influence (involontaire) des parents

On sous-estime le poids des phrases entendues dans l’enfance :

❌ « Dans la famille, on n’est pas bons en maths »
❌ « Moi non plus je comprenais rien aux fractions »
❌ « Les maths, c’est un don, on l’a ou pas »

➡️ Ces croyances se transmettent… et peuvent devenir à termes de véritables blocages émotionnels.
À 40 ans, beaucoup d’adultes ressentent encore de l’angoisse en voyant un problème de maths à résoudre !

Les mathématiques : un langage à part entière

Armelle Géninet (dans Faites-les réussir en maths) le rappelle :

« Tout échec d’apprentissage laisse des traces psychologiques importantes. En maths, c’est encore plus vrai. »

Pourquoi ?
Parce que les maths ont leur propre langage, le “mathématicain”, avec ses règles et ses codes.

Exemples de la polysémie du 2 :

ExpressionSens
3 x 2Répétition
Nombre de facteurs
3 ÷ 2Partage en parts égales
22224 chiffres “2”… qui ne racontent pas la même chose
3 + 2

Addition d’objets

Le mathématicain est minimaliste, il lui suffit de 10 chiffres pour écrire une infinité de nombres, et ces nombres auront toujours un sens quelque soit l’ordre d’écriture, alors que le français compte 26 lettres dans l’alphabet pour un nombre limité de mots contenus dans le dictionnaire et écrire des lettres dans n’importe ordre n’a plus de sens.

Il s’agit donc en maths d’appréhender une pensée différente.

Peu à peu on demande à l’élève de passer du concret, ce qu’il connaît depuis la maternelle, des objets manipulés, des choses à dénombrer, à une pensée abstraite, des concepts à comprendre, à imaginer, ce qui n’est pas habituel pour l’enfant.

Pourquoi a-t-on tant de difficultés pour apprendre par cœur le stables de multiplication ?

Les outils donnés aux enfants sont monotones : toutes les tables se ressemblent, elles sont linéaires (de haut en bas, de gauche à droite) et contiennent trop d’informations.

En pratique, les adultes ont tendance à faire réciter chaque table dans l’ordre, avant de questionner dans le désordre et la plupart du temps, dans le sens du calcul 6×7, 6×8… plutôt qu’à partir du résultat.

« Comment fais-tu pour obtenir 42 ? »

Ce qui laisse les enfants dans l’ignorance du comment faire pour y parvenir mais aussi des objectifs de cet apprentissage sur le long terme.

Quand on questionne les enfants sur leurs évocations, la façons dont ils mettent les tables de multiplication dans leur tête, la plupart utilisent une méthode verbale dans représentation imagée de ce que représente réellement le fait de multiplier 6 par 7.

« Ça veut dire quoi 6×7 ? Ça réprésente quoi pour toi ?… »

L’exemple de Julie, en CM2

Récemment, j’ai proposé un élève de CM2 qui ne connaissait pas ses tables deux méthodes différentes qui ont fonctionné :

–> Associer les chiffres à une image puis mémoriser les résultats imagés

Une représentation imagée de la table de 2 sous forme de pizza avec des dominos en manipulant en même temps des vrais dominos


Puis une représentation imagée de la table de 5 en partant du résultat : « pour obtenir 40, quelle multiplication dois-tu faire ? »

(Images tirées du livret d’Armelle Géninet, Faites les réussir en maths)

Grâce à cela, Julien a eu une meilleure compréhension de ce qu’est la multiplication, ce qu’il n’avait à ce jour pas compris, il a eu besoin de passer par une manipulation d’objets pour le faire. Puis comme il a une excellente mémoire photographique, la manipulation d’associations d’idées mentales, l’a aidé à mémoriser le résultat. Et l’anticipation de la réutilisation, l’a aidé à se projeter.

Je veux faire des ballotins de chocolats pour Noël, j’ai 36 chocolats, combien puis-je faire de ballotins, si j’en mets 4 par sacs ?

On a vu avec l’exemple de Julien en CM2, que la psychopédagogie permet aux élèves, dès le CP, de franchir les premières barrières de l’univers des mathématiques en les aidant à comprendre et à manipuler ce langage abstrait qui peut sembler étrange ou intimidant.

Elle offre des stratégies pour visualiser, raisonner et structurer leur pensée, tout en développant leur confiance. 

Et plus largement, la psychopédagogie montre que l’on peut concilier rigueur scientifique et appétence pour les matières littéraires, si je reprends mon exemple personnel, permettant ainsi à chaque élève de progresser et de s’épanouir dans tous les domaines de l’apprentissage. 

Pour  les profils auditifs, écoutez l’épisode de mon podcast Apprentis Sages sur le sujet