Lire, écrire, compter, parler, orthographier les mots, coordonner ses gestes, planifier des tâches ou encore se concentrer, sont des tâches de la vie quotidienne qui vous paraissent peut-être simples et qui pourtant peuvent poser des difficultés à environ 1 personne sur 10 en France.
Ces difficultés, je les ai toutes et pourtant j’ai 34 ans, bientôt 35.
Eh oui, j’ai 7 troubles DYS et un TDAH.
Je m’appelle Aurélie RENARD-VIGNELLES et voici mon histoire.
J’étais confortablement installée dans le ventre de ma mère, quand, me vient l’envie de jouer au loto, mais attention, pas n’importe quel loto, le loto de la neuro-diversité. Et à ce petit jeu-là, j’ai gagné le gros lot : 7 troubles DYS et un TDAH.
Je suis en quelque sorte un mouton noir à 5 pattes et j’en suis fière.
Je suis née un dimanche d’orage, le 28 avril 1991, peut-être un signe pour indiquer à mes parents que je serai une pile électrique plus tard,« TDAH bonjour ».
Évidemment, il a fallu attendre bien des années avant mon diagnostic de TDAH, mon diagnostic de TDAH s’est fait alors que j’allais avoir 30 ans.
J’étais l’aînée de ma fratrie, impossible donc pour mes parents de comparer mon développement avec celui de mon frère et ma sœur.
C’est à l’âge de 5 ans que ma maîtresse de grande section a commencé à se poser des questions. Elle a conseillé à mes parents de me faire passer des examens au CMPP (Centre Médico-PsychoPédagogique) de Tours en raison de mon retard au niveau psychomoteur, du langage oral et de mon autonomie.
J’ai passé ces examens et on a dit à mes parents que « comme je ne savais pas faire les marionnettes [aujourd’hui, je sais très bien les faire], il aurait fallu me mettre en école spécialisée », ce que mes parents ont refusé et heureusement, sinon je ne serais peut-être pas là pour témoigner.
Après la maternelle, vient le CP et avec lui l’apprentissage de la lecture, de l’orthographe, de l’écriture et surtout le fait de devoir rester assise pendant 2h sans bouger. J’ai beaucoup souffert en CP, aussi bien de l’humiliation de ma maîtresse que du harcèlement que je subissais dans la cour : croche-pieds, coups de pied, tentatives d’étouffement, tentatives d’étranglement.
En CP, j’ai été voir une orthophoniste pour mes soucis de lecture et mes difficultés de langage oral. A cette époque, elle n’a pas diagnostiqué ma dysphasie (trouble du langage oral) qui était pourtant bien présente. Il faut dire aussi qu’à l’époque tous les orthophonistes n’étaient pas forcément formés à ce trouble.
Plus les années passèrent et plus le fossé avec les autres était évident. Cela a inquiété mes parents, mais aussi mes enseignants. Et c’est finalement à l’âge de 10 ans que j’ai été diagnostiquée de 7 troubles DYS par une médecin spécialiste, qui elle aussi était dyslexique.
Elle avait dit à mes parents, quelque chose qui m’a beaucoup marquée : « Aurélie, elle aura beaucoup de difficultés dans certains domaines, mais elle a de grandes capacités dans d’autres, c’est ça qui la sauve ! »
Eh oui, avoir des troubles DYS, ce n’est pas une fatalité et cela s’est confirmé dans ma vie.
Ce diagnostic a été, pour moi, une délivrance. Je savais enfin pourquoi j’étais différente et on allait enfin pouvoir m’aider à avancer.
Quand j’ai redoublé mon CM2, je l’ai vu comme un tremplin, cela m’a permis de consolider mes connaissances et de développer un peu plus certaines compétences.
L’entrée au collège fut terrible pour moi sans aménagement. Et c’est à cette période que j’ai subi le harcèlement scolaire le plus violent de ma scolarité.
En 5ème, j’ai commencé à avoir le tiers temps en guise d’aménagements, grâce à la loi de 2005. Je galérais avec l’écriture, mais heureusement j’ai une excellente mémoire auditive.
Avec le harcèlement que je subissais, j’aurais pu avoir envie d’arrêter les études, mais au lieu de ça, malgré la difficulté, les études étaient pour moi une échappatoire, au même titre que la chorale, le théâtre et l’écriture de poèmes et d’histoires.
J’ai finalement eu mon brevet mention Bien, avec « option tendinite au poignet droit ». Eh oui ma dysgraphie a été très handicapante pour moi pendant mon brevet et elle l’a été encore plus en 2nde. C’est à ce moment-là que j’ai appris à taper à l’ordinateur. J’ai donc eu mon ordinateur en classe à partir de la 1ère qui m’a littéralement sauvé la vie.
J’ai vécu une 1ère SSVT difficile qui m’a amenée à changer d’orientation et même de lycée. Ce nouveau lycée a été, pour moi, une Renaissance. Personne ne me connaissait et je pouvais enfin être moi-même. Après avoir eu mon baccalauréat STI électronique, de justesse, sans rattrapage et sans le sport, j’ai continué avec un BTS en informatique. Je me suis beaucoup épanouie dans cette section et j’ai eu « mention assez bien » au BTS.
À la fin de ce BTS, je ne me sentais pas d’aller en entreprise, car je n’avais fait qu’un seul stage dans ma vie. Je suis donc partie en école supérieure d’informatique à Supinfo, c’est accessoirement là que j’ai rencontré mon mari. J’ai choisi cette école pour une raison très simple : nous avions la possibilité de faire un stage facultatif 2 jours par semaine en plus de nos 3 jours de cours hebdomadaires.
En bac+3, j’ai donc voulu chercher un stage. Une personne qui m’aidait à faire mon CV m’a déconseillé de dire à l’employeur que j’étais en situation de handicap, car d’après elle, cette condition ferait que je ne trouverais pas de stage.
Je vous avoue que je n’étais pas nécessairement d’accord avec son point de vue et j’ai voulu lui prouver qu’elle avait tort en l’écoutant et en me sacrifiant. J’ai en effet, eu un stage, mais j’ai souffert pendant 3 mois à tenter de cacher mon handicap.
Évidemment, même si les troubles DYS sont considérés comme un handicap invisible, il faut bien avouer que parfois c’est assez compliqué à cacher surtout quand on en a 7. J’ai alors été convoquée par mon patron dans son bureau. Il m’a dit texto que j’étais renvoyée parce que je n’étais pas assez productive. Ce monsieur a tout simplement confondu, comme un grand nombre de personnes sur cette Terre, la productivité et la rapidité. Je lui ai alors avoué que ma lenteur était due au fait que j’étais multi-DYS et que j’avais donc besoin d’aménagements au travail. Il ne m’a pas crue et m’a dit : « Mme RENARD, vous êtes mythomane, hypocondriaque et vous ne serez jamais ingénieure en informatique ! ».
Cette expérience m’a donc encore plus envie de dire que j’étais en situation de handicap et que j’avais besoin d’aménagements au travail dès l’entretien d’embauche. Certes, certaines portes se sont fermées devant moi, mais au moins j’étais sûre ou presque de tomber sur une entreprise qui me prendrait en ayant connaissance de mon handicap et surtout de mes besoins d’aménagements.
Malheureusement, la dernière entreprise dans laquelle j’ai fait mon stage de fin d’études de M2 m’a renvoyée au bout de 2 mois, sous prétexte que je n’étais pas assez productive et que j’étais passive en réunion. Ces responsables de stage étaient pourtant au courant de mes difficultés et des aménagements dont j’avais besoin et ont totalement oublié l’existence de mon handicap. De plus, ma dysphasie (trouble du langage oral) m’empêchait de regarder la personne qui me parlait dans les yeux, car sinon je ne comprenais pas leur message à l’oral.
Suite à cette interruption de stage, j’avais le choix entre refaire une année et tenter de trouver un stage en espérant que l’histoire ne recommence pas et acheter mon diplôme de bac+4 à 190€.
Au début, on m’avait fait comprendre que je pouvais juste rechercher un stage pour rattraper le mémoire, mais il s’est avérée qu’on m’avait mal informée. J’ai donc eu cette information seulement quelques jours avant mon entretien de stage de la dernière chance. J’ai donc tenté de transformer cet entretien de stage en entretien d’embauche, ce qui n’était malheureusement pas l’ambition de l’entreprise qui m’avait acceptée pour cet entretien. Nous avons quand même fait cet entretien et l’une des personnes présentes ce jour-là m’a posé une question qui m’a fait réfléchir sur ce qui me tenait vraiment à cœur et ce fut une évidence pour moi. Il fallait que je sensibilise aux troubles DYS et que j’apporte mon expertise en tant que personne multi-DYS, et notamment dyslexique et dyspraxique pour créer des sites web accessibles au plus grand nombre.
Le lendemain de cet entretien, j’ai créé mon groupe facebook 6foisdys.
Après quelques mois de recherches d’emploi infructueuses, j’avais envie d’entreprendre, mais malheureusement n’ayant qu’une seule entreprise en tant que potentielle cliente, un avocat m’a déconseillé de créer mon entreprise pour une seule cliente, sous peine de salariat déguisé. J’ai donc dû mettre de côté cette idée pour une année. J’ai néanmoins participé à une demi-journée de formation à la CCI du Loiret à destination des futurs entrepreneurs. Pendant ce temps, j’ai continué à chercher du travail, j’avais souvent des refus en rapport avec mon handicap du fait de sa méconnaissance en entreprise : « Mme RENARD, vous avez les compétences, mais vous êtes trop lente, c’est pour ça qu’on ne vous prend pas » ou alors « Désolée on ne connaît pas les troubles DYS, on ne vous prend pas ».
Tous ces échecs auraient pu me faire détester le monde de l’entreprise, heureusement, toutes les entreprises ne sont pas comme ça. J’ai eu la chance de croiser sur mon chemin, Claire, référente handicap du groupe Worldline, qui m’a un jour, appelée pour connaître mes besoins d’aménagements au travail. J’ai insisté auprès de Claire pour lui expliquer mon handicap et c’est là qu’elle m’a demandé si je voulais bien expliquer les troubles DYS et témoigner auprès des référents handicap du groupe et c’est ainsi que j’ai eu la chance de faire ma première conférence sur les troubles DYS bénévolement. J’ai réitéré l’expérience en présentiel quelques mois plus tard dans l’entreprise où j’avais fait mon témoignage quelques mois avant. À l’époque, je n’avais pas encore vécu ma rupture de contrat de stage de fin d’études de M2 et déjà mon témoignage touchait beaucoup les gens.
Je vous disais plus haut que j’ai eu beaucoup de refus d’embauche à cause de mon handicap, mais heureusement j’ai eu un CDD de 5 mois et demi dans un incubateur de startup de septembre 2017 à mars 2018. Cette expérience ne m’a pas permis de rembourser l’intégralité de mon prêt étudiant emprunté pour faire ma dernière année à Supinfo, je devais donc me décider, soit je trouvais un emploi dans les 5 mois et demi de chômage, soit je créais mon entreprise.
J’ai donc pris l’option 2. J’ai créé ma micro-entreprise 6foisdys, en août 2018. Mon objectif : proposer la création des sites web accessibles au plus grand nombre, la sensibilisation aux troubles DYS aux entreprises, aux enseignants et au grand public et enfin des audits d’accessibilité spécialisés dans les troubles DYS. J’avais, en parallèle, l’envie d’écrire un livre autobiographique qui a été publié en auto-édition par mes soins le 15 août 2024, soit 3 ans et 10 mois après son idée.
Je vous disais au tout début de cet article qu’être DYS n’est pas une fatalité et c’est là où l’on voit toute la force de cette particularité. En effet, comme un aveugle développe son ouïe, son odorat et son toucher, nous développons les compétences qui nous permettent d’avancer efficacement, pour moi c’est l’oral, malgré la dysphasie.
Aujourd’hui je suis conférencière, je propose des ateliers « dans la peau d’un DYS » aux personnes intéressées, je donne des conférences « témoignage », j’accompagne des parents et leurs enfants DYS à mieux comprendre leur fonctionnement, je suis également panéliste, un métier qui me permet de tester l’accessibilité de tous types d’applications, sites web et même parfois des parcours dans des musées, je suis l’autrice du livre « Moi, neuro-atypique : le secret de ma résilience », primé du prix rédactionnel des Talentéo Awards 2025, disponible sous 3 formats : livre papier avec une mise en page adaptée aux personnes DYS, ebook et livre audio, possibilité d’acheter sur ma boutique en ligne pour un livre dédicacé : https://www.6foisdys.fr/boutique/ et enfin je suis depuis peu, agence d’auto-éditeurs et maison d’édition accessible au plus grand nombre avec mon nouveau projet DYSLire.
Rendez-vous sur https://www.6foisdys.fr